Sène en famille ( acte 1) piece de théatre

 

 

ACTE 1

 

 

  

Luce, la gouvernante est seule face à une grande tablée, affairée aux préparatifs d’un repas pour treize personnes d’une même famille au niveau social élevé.

 

Luce : Ha c’est pas possible, me prévenir comme cela la veille. « Vous me rajouterez deux personnes… » Et mon repas, ils y pensent, tiens. Comme si tout cela se préparait comme cela.

 

Luce déballe l’argenterie, commence à la disposer…

 

Luce : Et bien voilà, il en manque un. Forcément, c’est un service de douze . Si ils sont treize ! O MALHEUR !!! Treize…. Treize à table, ce n’est pas possible ça ne se peut pas. Monsieur, Madame, Mamie Huguette, Lucas… A mince je n’ai pas assez de doigts… Et bien si ça fait treize !!! Nous voilà dans de beaux draps maintenant…  Madame Martine !, Madame Martine !

 

Martine, la mère entre… affolée.

 

Martine : Que se passe t-il Luce, que vous arrive t-il ? Il y a un problème avec le repas ?

 

Luce : Avec le repas non, je m’en occupe, cela va forcément…

 

Martine : Alors parlez enfin, pourquoi hurler vous mon nom à tout va comme cela ?

 

Luce(désignant l’argenterie) : Madame, nous avons un problème, un problème majeur, regardez vous-même…

 

 

Martine : je ne vois rien…

 

Luce : Mais enfin Madame regardez bien…

 

Martine : Ecoutez Luce, vous me fatiguez avec vos sornettes… A chaque fois, c’est la même chose, il y a toujours un excuse pour ne pas travailler. Qu’est ce qu’il y a cette fois… Ah oui l’argenterie… Ils sont oxydés c’est cela…

 

Luce : Oxydés, mais Madame vous n’y pensez pas, je les ai nettoyé tout mon jeudi pour ce repas… Le problème est qu’il n’y en a pas assez…

 

Martine : Allons donc, ce n’est pas grave, il suffit de sortir le beau service.

 

Luce : Celui des grandes occasions ? Que fêtez vous que je ne sois pas au courant ?

 

Martine : Vous voilà bien indiscrète… Nous ne fêtons rien en particulier. Mamie Huguette souhaite tous nous réunir, aujourd’hui. Ce sera sûrement notre dernier repas en famille. Je pense que cette occasion suffit à justifier que ‘on sorte la belle argenterie.

 

Luce : Son dernier repas en famille ? Elle paraît pourtant en pleine forme !

 

Martine : Détrompez vous, elle est bien fatiguée ces derniers temps. Monsieur est allé la voir dernièrement, elle reste très perturbée par la mort de Papy. Ils étaient si proches, ils s’aimaient tant…                   

 

Luce : Certes. Cela ne résolve pas notre problème de couverts…

 

Martine : Vous vous moquez de moi là Luce cela suffit maintenant…

 

Luce : mais Madame, vous ne comprenez pas, il n’y a que douze couverts, vous êtes treize à table…

 

Martine : Et alors…

 

Luce : Mais Madame, vous ne pouvez être treize, cela porte malheur !

 

Martine : Allons donc, vous ne croyez tout de même pas à ces sottises ?

 

Luce : Mais bien sûr que si Madame, Jésus, la Bible, avec ses douze apôtres… Vous l’aurez Madame votre dernier repas… Avec madame Huguette dans le rôle du Christ pardi !

 

Martine : LUCE ! CA SUFFIT ! Je ne tolèrerai pas tout ce blasphème dans cette maison ! En plus, apprenez à compter, nous ne sommes que 12 ! Comme  chaque fois ! Allez donc donner un coup de chiffon sur le beau service en argent, il n’a pas servi depuis longtemps, cela vous occupera.

 

Luce sort, en râlant.

 

 

Entrée brusque de Roger, le père, en train de nouer sa cravate…

 

Roger : Que se passe t-il, Luce fait encore des siennes ?

 

Martine : Oui, j’ai du la réprimander, une fois de plus.

 

Roger : Tiens, aide moi, je n’arrive pas à faire ce maudit nœud… Je t’ai entendu crier de l’autre côté de la maison.

 

Martine : Il me parait parfait ce nœud..

 

Roger, Non, il n’est pas centré, tu sais que maman déteste le laisser aller… e n’est pas le jour de la contrarier…

 

Martine : la contrarier pour une cravate pas centrée, c’est un peu exagérée non ?

 

Roger : Martine, ne sois pas trop dure avec elle. Elle n’est pas parfaite, certes. Mais aujourd’hui, elle demande à tous nous voir, une dernière fois ensemble.

 

Martine : T’a-t-elle dit pourquoi exactement ?

 

Roger : Non mais cela paraissait très important et très urgent… Elle a sûrement fait ses affaires, elle souhaite nous en faire part.

 

Martine : Cela ne te parait pas un peu précipité ?

 

Roger : Allons donc… Elle est vieille, veuve… Il est normal qu’elle pense à sa succession… Nous allons enfin pouvoir déménager dans la maison de mon enfance. J’en ai toujours rêvé…

 

Martine : Tu oublie que tu as une sœur…

 

Roger : Attends, tu la vois, seule, sans enfant, dans cette grande maison. Allons, il faut être lucide… Nous avons six enfants… il est normal qu’elle nous revienne.

 

Martine : Et ta sœur, elle aura quoi ?

 

Roger : Oh papa était prudent… Elle aura l’assurance vie, je suppose.

 

Martine : Sans doute… c’est quand même étonnant qu’elle ai demandé à ce que tous ses petits enfants soient présents non ?

 

Roger : Mais non, c’est son dernier repas Huguette, il est normal qu’elle veuille tout le monde…

 

Tous deux s’affairent dans la pièce… Luce passe de temps en temps ajuster les préparatifs… ;

 

Roger : dans tous les cas, j’ai brieffé les enfants. Tenue correcte exigée. Pas question de revivre le carnage de noël…

 

Martine : Ils arrivent pour quelle heure ?

 

Roger : Non elle ne vient pas.

 

Martine : Qui ne vient pas, je te demandais à qu’elle heure ils arrivaient ?

 

Roger : Qui ?

 

Martine : mais enfin, les enfants, nos enfants !!!

 

Roger : Oh, je leur ai dit pour onze heures, si tout le monde est à l’heure, on aura le temps de vérifier leur tenue.. ;

 

Martine : Le plus petit à dix-huit ans, ils n’ont plus l’âge pour cela !

 

Roger : Certainement pas Martine ! je serai sur mon lit de mort que je vérifierai que leur chaussures soient cirées !

 

Martine : Qui ne vient pas ?

 

Roger : Personne tout le monde vient pourquoi ?

 

Martine : Mais…tu as dit que…

 

 

Entrée fracassante du fils, Lucas

 

Lucas : C’est pas possible, y’a jamais moyen de garer sa caisse ici !

 

Luce : bonjour Monsieur Lucas, laissez je vais prendre votre veste et votre casquette.. ;

 

Lucas : Tu laisses ma casquette où elle est …

 

Roger : Mais enfin, Lucas, qu’est ce que c’est que ces manières… Tu pourrais dire bonjour pour commencer. Et depuis quand tutoies tu Luce, enfin ?

 

Lucas : Et zen le pater !!! On se connait depuis que je suis tout petit hein Luce !

 

Luce : Laissez Monsieur roger, cela ne me dérange pas.

 

Martine : mais nous si.. ; nous ne t’avons pas éduqué comme cela… Bonjour mon fils…

 

Lucas : bonjour m’man ! bonjour p’pa !

 

Roger : Montre toi ici un peu de plus prêt…  Que je te regarde…

 

Lucas : Allez c’est reparti.. ;

 

Roger : Non mais je rêve, c’est quoi ce pantalon…

 

Lucas : Un jeans p’pa, c’est de ton temps ça les jeans…

 

Roger : On avait dit chic… 

 

Lucas : Hé mais c’est un de marque… regarde l’étiquette.. ;

 

Martine : il est troué… là à la fesse.. Sur quoi t’es tu assis ?

 

Lucas : Vous êtes vraiment Hase Been ! C’est fait exprès, ça ma couté deux fois plus cher que si y’avait pas eu de trou !

 

Martine : et des basquets… là j’abandonne…

 

Roger : Bon enlève moi au moins cette casquette…

 

Lucas : Ok d’ac !

 

Martine : Oh mon Dieu !!!

 

Roger : Depuis combien de temps ne t’es tu pas lavé les cheveux…

 

Lucas : Mort de rire les parents… Mais non c’est fait exprès, c’est du gel !!!

 

Martine : Mais qu’est ce qu’on a loupé avec ce môme…

 

Roger : Qu’est ce que TU as loupé ! Si on l’avait inscrit en pension comme convenu, non madame ne voulait pas contrarier son petit dernier… une école d’art… pfffffffff

 

Lucas : Allez chiquetez pas les parents… j’ai pas si mal tourné que cela…

 

On sonne. Luce entre, suivie de Edith, la sœur de Roger.

 

Edith : Merci Luce. Ha Roger, comment vas-tu.

 

Roger : Bien merci, et toi ? Viens que je t’embrasse.

 

Edith : Bonjour Martine. Bonjour mon petit Lucas.

 

Lucas : Salut !

 

Martine : Bonjour Edith, c’est bien que tu ai pu venir.

 

Edith : Pourquoi maman veut-elle nous voir Roger ? Elle m’a parlé d’une grande nouvelle qui va tous nous réjouir.. ;

 

Roger : je crois que maman a pris de grandes décisions. Elle m’a quant à moi dit qu’elle ne serait pas un fardeau pour nous…

 

Edith : Doux Jésus, crois-tu qu’elle va mourir ?

 

Roger : Elle est très fatiguée, au bout du rouleau… Non je pense juste qu’elle a fait ses affaires et qu’elle aspire à une retraite paisible, à l’hospice Camélia…

 

Edith : Oui, elle ya a toutes ses amies là bas, c’est compréhensible, elle se sent seule…

 

Martine : Installons nous à table, le temps que les autres arrivent…

 

Edith et Roger continuent de parler, à voix basse…

Martine reste intriguée par les cheveux de son fils.

 

Entrée rapide de Suzanne, fille de Roger et Martine, portable à l’oreille, agenda sous le bras.

 

Suzanne : oui, alors comme d’habitude, vous ne décrochez pas… Alors vous devez passer la commande avant ce soir 18h, un coursier passera la prendre demain à 8h pour la déposer chez le client. C’est une grosse livraison, ne me décevez pas ou je vous vire. Au revoir !

A bonjour Papa, bonjour maman… comment allez vous ? On a pas idée d’inviter des gens comme cela en semaine je travaille moi… A bonjour frangin, comment vas-tu ? Toujours pas décidé à apprendre un métier ? Bonjour Edith, toujours pas décidée à trouver un mari ?

 

Edith éclate en sanglots…

 

Roger : Alors Suzanne… Ne commence pas

 

Suzanne : Oui je suis énervée, c’est comme ça. Depuis quand on fait venir les gens un jeudi !!!

 

Martine : Mais nous sommes dimanche Suzanne !

 

Lucas : Oh l’autre ici, elle décaroche complètement du ciboulot !!!

 

Suzanne : Dimanche, oh mon Dieu, vite je dois le rappeler, il risque de venir bosser pour rien… Oh tant pis, pour une fois qu’il bossera celui là…

 

Roger : Bon Lucas ça suffit maintenant… Si tu pouvais parler correctement devant mamie, elle n’entend plus trs bien et tu sais qu’elle est très à cheval sur les principes.

 

Martine : Et elle a raison !

 

Edith : Oui, très à cheval… Jamais à ton âge nous n’aurions pu nous tenir de la sorte.

 

Suzanne : Tu as eu notre âge tante Edith ? Je croyais que tu étais passée directement de gamine à vieille fille…

 

Edith resanglotte. Roger s’apprête à crier lorsque deux filles font irruption dans la pièce. Ce sont les jumelles de Roger et Martine : Louise et Agathe. Habillées pareilles.

 

Louise Agathe : bonjour tout le monde !!

Embrassades joyeuses.

 

Louise : tu as vu maman, on a trouvé ce petit haut en solde à moins 50% !!!

 

Suzanne : oui mais comme vous achetez tout par deux, tu parles d’une affaire !

 

Martine : Il est très beau. Mais je pense que pour votre équilibre psychologique, vous devriez vous séparer un peu…

 

Louise/ Agathe : Nous jamais !!!

 

Suzanne : vous ne trouverez jamais un travail dans la même boîte, faut pas rêver…

 

Edith : Ni le même mari, des jumeaux, à la rigueur mais cela va être dur cous savez, croyez moi…

 

Suzanne : Ecouter les conseils de Tante Edith, elle en connait un rayon sur le sujet…

 

Edith retombe en sanglot

 

Edith : Tu es méchante Suzanne…

 

Roger : Bon maintenant cela suffit !!! Suzanne tais toi et éteint moi ce téléphone portable !!! Quant à toi Lucas, éteint moi aussi cette console !!! Ca commence à bien faire !!!!

 

Entrée de Rose, enceinte, habillée baba cool et de son mari, lui aussi en pattes d’éph, avec sa guitare.

 

Rose : Du calme, du clame, je sens des mauvaises ondes ici. Zennnnn !!! Ne criez pas, embrassons nous !

 

Franck : Bonjour papa, comment tu vas… Bonjour maman, tu es radieuse.

 

Roger : Bon Rose, dis à ton mari d’arrêter de nous appeler papa et maman, et de nous vouvoyer… au moins devant mamie, elle va plus rien comprendre.

 

Franck : Salut les frangines, salut mon gars ( à lucas)…

 

Rose : Bonjour papa, bonjour Maman… Bonjour tout le monde… Embrassons nous, il fait beau, les oiseaux chantent…

 

Lucas : Il fait 3°c dehors, il neige mais embrassoooons nous…. Ils ont encore fumé le pétard ces deux là !

 

Edith : Fumer quoi ?

 

Suzanne : Le pétard tante Edith !

 

Lucas : ben du shit quoi ! t’as jamais essayé !

 

Martine : Taisez vous ! Jamais on n’aurait fait une chose pareille !

 

Roger : Bon il manque qui là ? A part mamie bien sûr !

 

Martine : Il ne manque plus que Nathalie…

 

Lucas : et son keum Isabelle…

 

Edith : son quoi ?

 

Roger : Allons Lucas, ne dis pas de sottises, Isabelle est une amie de nathalie.. 

 

Lucas : toujours collée à ses basques…

 

Martine : oui c’est normal cette petite est dépressive, Nathalie l’aide, c’est normal.

 

Franck : C’est beau même, c’est ça l’amour fraternel, l’Amitié avec un grand A , un grand M, Un grand I …

 

Suzanne : C’est bon Francky, c’est bon, on sait que tu as été jusqu’au CP ! ( sur l’air de francky vincent)

 

Agathe : Elles sont toujours ensemble comme nous..

 

Louise : sauf que nous on nous le reproche visiblement !

 

Agathe et Louise : Désolées de ne pas être dépressives ! NOUS !!!

 

Roger : Bon qu’est ce qu’elles font, je ne veux pas que mamie arrive et qu’elles ne soient pas là. Il est déjà midi trente.

 

Luce entre.

 

Luce : Le diner est prêt à être servi. Le soufflet n’attend pas !

 

Martine : mais enfin  Luce , vous êtes idiote ma parole ! Mamie n’est pas là et il manque encore deux invités !

 

Luce : Ha mais oui mais non !!! Je fais quoi moi maintenant ?

 

Franck : sers nous plutôt une petite liqueur de plantes va !

 

Rose : Comme celui que l’on a bu la dernière fois au concert contre la capture des papillons…

 

Franck : Tu te souviens ma belle…

 

Rose : Oui c’est là que nous avons conçue cette petite chenille en devenir…

 

Edith : Oh que c’est beau

 

Suzanne : Oh que c’est niait !

 

Lucas : Alors tu nous la sers leur liqueur de pissenlit ?

 

Luce : Je fais quoi madame ?

 

Martine : Rien du tout, vous ne servez rien du tout ! Rose est enceinte, elle ne boit pas et Lucas est bien trop jeune ! Allons en cuisine, j’ai un truc à boire… euh non à voir pardon… à voir…Allez Luce…

 

Roger : Bon Suzanne visiblement comme tu ne peux pas te passer de ce foutu téléphone, profite en donc pour appeler ta sœur, voir si elle compte venir aujourd’hui ou demain…

 

Louise : Attends papa, j’ai le mien…

 

Agathe : on peut prendre le mien si tu préfères

 

Louise : Comme tu veux j’ai le mien est rechargé…

 

Edith : Ce sont les mêmes vous savez !

 

Suzanne : Deux et pas un foutu d’appeler ! Le temps qu’elles se décident…

 

Suzanne compose le numéro…

 

Suzanne : Répondeur…Je dis quoi ?

 

Lucas : Quoi ! Ha trop fort !

 

Suzanne, agacée : Bon ben je raccroche alors !

 

Roger : Mais c’est pas possible, qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir des enfants pareils…

 

Lucas : Comme nous, tu l’emmerdes tous les dimanches depuis 50 ans ! Il se venge !

 

Entre temps Martine est entrée, juste pour entendre ce que viens de dire Lucas, elle souffle et repart…

 

Grand silence… Plus personne ne dis un mot…

 

Franck ; c’est une mouche que je viens d’entendre là ?

 

Rose : Non mon cœur , je crois que c’est un moustique…

 

Roger tape un grand coup sur la table… Ecrase la mouche sous les yeux horrifiés de Rose !

 

Rose : Mon père est un assassin !!! Elle sanglote.

 

De nouveau grand silence,

 

Lucas : On s’emmerde grave là non ?

 

Une voix derrière :

 

Luce : C’EST CUIT !!! LES SOUFFLETS SONT RETOMBES !!!

 

Tombé de rideau, fin acte 1.

 

 



 

  Dul, Année 2000, Texte protégé INPI, Exploitation interdite sans autorisation. Lauréat au concours Talents littéraires lions club année 2000 ( 2ème place), joué par la troupe " Les acteurs en folie" pour l'association des AEMEDA en 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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