Ramer n'est pas rimer...
Un soir d’automne par temps joueur,
Alors qu’à peine remise de ma tasse,
J’ai replongé sans un brassard
D’une imprudence presque maîtrisée,
Juste happée par le bleu azur,
Où se reflétait un beau soleil
Bien différent de celui qui naguère,
Avait brulé mes yeux algueux.
Trop ambitieuse, trop inconsciente,
J’ai foncé droit dans le grand bassin,
Parce que dans les mares aux petits canards,
Je n’ai vu ni cygnes, ni même crapauds,
Pas un espoir d’en sortir mieux.
J’ai bien failli me noyer sans cris,
Jusqu’à monter sur cette galère :
Fumisterie face à l’iceberg…
Mais même si le bateau tangue dangereusement,
L’heure n’est pas venue de jeter l’encre,
Ni de s’enfermer dans un bocal
A juste tourner en rond en attendant,
De remonter flottant à la surface ;
Ou de se jeter sur le carrelage,
Alors que la rive n’est pas si loin…
Moi de ma barque je peux la voir.
Parce que je sais peut-être pas nager
Comme la gracieuse Lorelei,
Qui fait bander jusqu’à dérive
Les beaux matelots sur les paquebots,
Moi je n’ai qu’une modeste embarcation,
Faite d’un bois impétrucible,
Et mes deux bras à double emploi,
Qui rament autant qu’ils colmatent…
Jamais je ne serai un pauvre mirage,
Planté au milieu d’un désert,
Dans lequel on rêve de plonger,
A bout de souffle, gorge desséchée…
Juste tout au plus un simple verre,
Tantôt mi-plein, parfois mi-vide…
Mais qui du peu qu’il peut contenir
Désaltère le temps de reprendre son chemin.
Oui ce radeau que j’ai construit,
De chaque reste de chaque naufrage,
Qui s’en prend parfois dans les lattes
Sous les ailerons de certains requins,
Il est solide, même si humide,
Et sait qu’il peut mener très loin,
Mais sans personne à sa barre, sa destinée
Sera de voguer, en solitaire…
Dul, Février 2011