Reflexion de Dul autour de " Différent, comme tout le monde" par Marc Anciel
Le théâtre et moi, grande histoire d’amour digne d’un bon boulevard ! Un jour passionnel, le lendemain remisé dans un placard… puis ce sont les retrouvailles, pour un temps et puis… 20 ans environ que ça dure… pire qu’un mariage raté !
Première montée sur les planches à 9 ans… Un médecin… Alors je me suis retrouvée revêtue de la cravate ( verte !) de mon père, fière comme un coq… Je ne me souviens plus du contenu mais je me souviens que c’est là que Madame Ferreira s’est arrachée ses longs cheveux blonds en me répétant « on ne dit pas des zaricots !!! » j'ai tenu bon toutes les repets, et le jour J: " Les zaricots!"Et merde!
Quelques ateliers, par intermittence ci et là… entrecoupés de cours de danse classique et de jazz et puis rencontre avec Fred, en sixième.. Je ne quitterais plus son atelier durant 8 ans… Roxane, Juliette.. Le père NoËL est une ordure, Blaise ( haaaa Blaise, tout un programme…), Le petit Prince, Molière, Ionesco… Il m’a tout fait faire ! Et ce fou rire « des pieds à la tête… » Grand moment ! Et puis intégration de la troupe Mikaeli… Julien, Quentin, Sophie, Amélie , Caro… Une petite troupe, presque une famille pour moi à l'époque… Première fois à moitié dénudée sur scène, moi la prude complexée… mais avec Fred , bon …
On a tout partagé… Le stress, le trac, les engueulades, les bouffes au café le mercredi… Un Quentin qui n’apprenait son texte que pour le jour J faisant flipper tout le monde et qui assurait au final, qui m’a conté sa passion durant nos heures allemandes, le désespoir de Fred du haut de son escabeau qui a jeté son script avec un beau « Demmerdez vous » quand Julien et moi avons quelques peu déraillés sur une scène nous lançant dans une impro hilarante, le fou rire avec Sophie sur Blaise, et lors de cette fameuse première où deux petits rigolos ont changés mon eau en un alcool bien fort… Ne pas cracher ses tripes, surtout, rester digne, sérieuse… ne pas croiser leurs regards… surtout ! Et jouer pour les arbres de Noel, pour ces gosses, pour nos vieux… Et puis, la fin de nos études a marqué notre dissolution… J’ai tenté de continuer avec Fred sans eux… je n’y suis pas arrivée…
Quelques concours d’éloquences assez bien réussis .Un job où je me présente devant des publics derrière une estrade… le même trac, la même goût de la scène, du risque…
Et puis, une formation de deux ans en théâtre forum, TOP, arts du cirque… Ateliers d’écriture de pièces, cours d’initiation et de perf en mise en scène pendant mes études… Animation d’ateliers théâtre dans mon job, écriture de ma pièce, quelques mises en scène , quelques trucs écrits et joués…
Il y a un an, j’ai retenté chez Claude… Mais jamais je n’ai retrouvé tout ce que j’ai vécu de cette époque… et puis c’était pas le moment pour moi je pense… même s'il m'a offert la plus belle rencontre de ma vie en terme d'amie... ma Delph... une putain d'actrice...
Alors oui, le théâtre, je l’aime, je le vis, je l’ai dans les tripes, même s’il ne veut pas toujours de moi, ou moi de lui… J’ai voulu entrer en école pro, Fred m’en a dissuadé de suite… « Vivre sa passion est très différent de vivre de sa passion… ».
Le théâtre, c’est transcendant, c’est du spectacle vivant ! Comme un sport, il demande de la rigueur, de l’entraînement, une hygiène de vie ! Dieu que c’est usant trois heures sur scène ! Mais à voir, à vivre… Ce petit côté intimiste entre le public et l’acteur, on se sent, on s’entend respirer, transpirer… La prise de risque est là, mais dans le noir, il y a quelque chose de sensuel à ressentir la présence de l’autre dans la salle, à l’affut du moindre geste, de la moindre parole… Et un théâtre, c’est beau, rien que par le lieu…
La première grande pièce que j’ai vu, avec de « vrais » acteurs, c’était « Joyeuses Pâques » ! Rahhhhh la distribution ! Arditi et Barbara Schulzt… Petite jeunette à l’époque ! Une tuerie cette fille ! Belle, fraîche, simple, qui du haut de son jeune âge envoie face au mastodonte ! Ca doit faire plus de dix ans, et je la vois toujours , je l’entends toujours… Je ne la quitterais plus non plus celle là… Quelques grands classiques aussi… du contemporain, de la danse…
Et puis le choc « Fin de Terre », mais ça j’y reviendrai par la suite… Deuxième choc avec « confidences à Allah »… Cette fille ,deux heures sur scène, seule, à me transcender avec son histoire de pute, de misère, de viol… quelques mois juste après…
J’ai toujours lu des pièces, j’en ai écrites pour le fun… oui le théâtre et moi c’est une grande histoire passionnelle… faite de regrets, de remords mais surtout d’émotions fortes… et je sais que j’y reviendrai, c’est inéluctable…
Alors quand Marc Anciel m’a proposé de lire sa pièce, qui a été jouée , j’ai de suite accepté. Je pensais déjà retrouver son petit côté cinglant qui se révèle encore mieux sous sa plume, un peu trash je suppose aussi… Et puis, c’est comme pour le cheval, un homme de théâtre, c’est forcément un type bien… Le dernier prétendant m’avait emmenée trois heures sur les marches de l’opéra pour parler, de tout , de rien… dommage que l’on y soit jamais entré ( mais je ne desespère pas hein !)… Là l’invitation était trop belle !
Alors au petit matin, me voilà avec le fameux livre relié, adossée à Dul, ma couverture mon café, ma clope et… mon chien au loin et je l'avoue un petit doudou, presque honteuse… Un petit soleil timide mais réchauffant tout de même ! Je suis bien, je n’ai pas mal, je sors de chez mon kiné… bref, toutes mes petites conditions sont posées…
« Différent comme tout le monde »… Un titre… Décalé, comme j’aime ! Un brin philosophique, humaniste sûrement…
Je me lance, je ne relèverais plus les yeux durant l’heure que m’a nécessité la lecture… Une écriture sympa, facile… un peu à l’instar des nouveaux auteurs du moment ! Une façon de rendre le tout plus accessible , plus digeste, plus vivant, tout simplement !
Bon l’histoire est bateau… Un conflit de races, imagé par des couleurs… le rouge, l’orange… La pièce a été jouée, j’imagine la mise en scène choisie et celle surtout que moi j’aurais faite… Je me dis qu’il ne devait pas y avoir de grand décor, mais je vois bien, surtout avec le contexte actuel, des acteurs « beurs » , très moderne… Tiens l’impératrice… en vert ( non comment le metteur en scène a-t-il pu faire ?!!!)… Petite histoire d’amour, parce que hein, il faut bien un peu de niaiserie pour faire vendre… oh je suis dure là, mais bon on se croirait Chez les capulets et les Montaigu là ! Bahhhh petit clin d’œil je suis sûre, il est trop fin pour que cela ne soit pas voulu ! Une petite allusion d'ailleurs, " ça me rappelle une histoire"... ben ouais je le savais bien ! Mais je suis sûre qu’il saura me surprendre et m’embarquer sur un terrain inconnu sur ce coup là !
Malaya… Bizarre cette nenette… Je la sens amoureuse ! Allez, je suis sûre que comme dans les films, chacun va trouver chaussure à son pied ! pfffff! Ha bah non, putain mais quelle salope en fait ! Elle avait l’air cool, presque attendrissante et voilà qu’elle devient pute, presqu’à haïr… gloups, la psy que je suis est émoustillée là…
Et ce monde magique, qu' Espoir trouve… C’est quoi ? une île.. mouais bizarre… Ca n’existe pas un monde comme ça… « Pour vivre heureux, vivons cachés »… Ca peut être quoi ? La mort… hum, mais on y revient pas de l’au-delà… Espoir arrive bien à faire les allers-retours… un squatt de shoot peut être, hé pourquoi pas… un truc communautaire… un fantasme ouais !
La fin est sympa, un peu inattendue, quoique… Tragique, à la William mais où le bien triomphe quand même ! Et espoir qui doit rester malgré tout, pour finir le travail et être digne des sacrifices… Espoir est une personne… Doit-on voir alors une raison de vivre dans une personne , ou plusieurs… Je pense à ma formation suicide, point numéro 4 : « redonner une élan d’espoir »… mes clefs pour cela : utiiser les leviers humains, la famille, un ami, un mari, que la personne aime ou qui la retient, un animal à la rigueur… L’espoir alors, qui fait que ça vaut le coup de rester , c’est peut être ça alors… les gens qu’on aime ou qui nous aiment… Mes espoirs moi, ce sont qui ? Dieu qu’il y en a, c’est ce qui fait que je suis encore là… Parce que des gens auxquels je tiens… Micka sûrement, Papa pour sûr, Jb, Eliot , Léane, Léo et Charlie, ma Delph surtout, Achille étonnement , Mon Gérard aussi beaucoup… Et moi je suis l’espoir de qui ? qui pourrait se dire « Pour elle, je veux rester en vie… »? mouais, je vais pas y penser, je vais déprimer sec là ! Ebène me passe la tête sous le bras… Ha bah, au moins une qui m’aime… Oulah, je vais loin là dans mon analyse, elle m’est personnelle, certes… !
Forcément qui dit Théâtre dit mise en scène surtout pour une ancienne actrice à ses heures perdues… Bien que galvaudé, le message transmis est fort et a visiblement besoin d’être redit de toutes façons, sous toutes ses formes… A la lecture, j’ai ressenti la même émotion, le même poids pesant et à la fois digne de me mettre en colère que j’avais eu durant toute la représentation de « Fin de Terre »… Ahhhh il ne lui faut pas de fioriture à cette mise en scène, de la sobriété et une belle place au discours… Je la vois interactive sa pièce, à aller chercher l’émotion dans le public, à capter du regard, un pubic suspendu aux lèvres… J’espère que c’est ce qu’il a fait son metteur en scène ! Qu’il les a pas mis ses beurs de cité ! Une musique sourde, sobre, entrecoupée de silences, pesants, permettant l’introspection chez le spectateur… Interactive oui d’autant qu’il y a des traits d’humour de l‘auteur, voulus, avec le public visiblement. Quand on veut passer un tel message, faut aller le poser dans la gueule du public et pas attendre qu’il l’entende…
Tout cela me ramène une fois de plus à l’éduc que je suis, et à ce texte que j’avais adapté, un jour où je me suis engueulée avec un employeur très intéressé par ma candidature… « Le poste, ben vous éduquez des jeunes jusqu’ à leur majorité parce qu’on est obligé et après ils repartent dans leur pays…. » ben ouais ! Dégoûtée, horrifiée par ce discours de mon corps de métier… « Mais c’est la loi mademoiselle, sinon changez de métier ! » Et depuis, je veux changer de métier un jour sur deux… Je le remets tiens, parce qu’elle me fait du bien, parce qu’elle me fait mal aussi cette réadaptation… parce que putain, elle est toujours d’actualité Boris ta chansonnette…
La deserteuse... adaptation de Boris Vian.
Monsieur Le Président,
Je vous fais une lettre,
Que vous lirez peut-être,
Si vous avez le temps.
Je viens de recevoir
Le fameux papier vert,
Il part dans un sharter,
Avant Mercredi soir.
Monsieur Le président,
Je ne veux pas le faire,
Je ne suis pas sur terre,
Pour virer de pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher,
Il faut que je vous dise,
Ma décision est prise,
L'éduc va deserter!
Depuis que lui est né,
Il a vu mourir son père,
Il a vu partir ses frères,
Et crever tant d'enfants...
Sa mère a tant souffert,
Qu'elle est dedans sa tombe,
Et se moque des bombes,
Et se moque des vers.
Quand il est arrivé,
Il a cru en Marianne,
Qui sauverait son âme,
Et qui pourrait l'aimer.
Demain de bon matin,
Je cacherai cet Autre,
Etranger, Que m'importe!
J'irai sur les chemins...
Je ferais ce qu'on m'a appris,
Depuis toute mon enfance,
Dans vos écoles de France,
Et je crierai aux gens:
" Refusez d'obéir,
Ne le laissez pas faire,
Bloquez tous ces sharters,
Refusez d'le faire partir!"
Il est de notre sang
Le même que le vôtre,
Vous êtes bon apôtre,
Monsieur Le Président...
Si vous me poursuivez,
,Mettez bien plus qu'un blâme,
Je ne verserai pas une larme,
Quand vous me virerez...
Dul, le 28 Janvier 2010
Alors voilà, la pièce de Marc Anciel, bien sûr que je la conseille, bien sûr qu’il faut la jouer… Comment pourrait-on dire le contraire ! Le message est louable, la forme nickelle,, un peu sans surprise mais le message est fort, et ce qui est cool avec le théâtre c’est qu’on peut lui donner vie comme on le souhaite.
En tous cas, sous mon Dul ce matin, je ne me suis pas posée la question de savoir si j’étais rouge ou orange ou bleu… Parce que comme il a beaucoup plu ces derniers temps sur sa grosse carcasse , mais que ce matin là, il y avait un beau soleil dans ce livre, Dul était paré ( e) des couleurs de l’arc en ciel au complet !
Si vous voulez le lire, c'est par ici!
http://www.edilivre.com/doc/9245/Different-comme-tout-le-monde_Fable/Anciel-Marc