" La complainte des petits canards posés sur l'étagère"
Me revoilà une fois de plus face à lui, la tasse encore fumante dans les mains. cela fait pourtant longtemps que je suis là, à le regarder, à attendre.
Je m'assois. Peut-être le grincement du bois des vieilles chaises de la pièce le fera réagir. Elles ont toujours été là pour annoncer une présence en ces lieux.Mais quelque chose aujourd'hui a changé... J'ai beau me trémousser, rien n'y fait. Plus de réaction. Il reste là endormi, les paupières fermées.
Sa tasse va refroidir bon sang! Qu'elle conne, j'ai oublié de mettre son lait... Il va me l'envoyer au nez son café même pas sucré! A bien y réfléchir, il va me l'envoyer ballader tout court, même sucré à point. J'ai beau y avoir mis tout mon amour à le préparer. Il a jamais aimé cela, qu'on vienne le réveiller quand il dort. Tout le monde le sait ici. C'est la meilleure façon de le mettre de mauvais poil pour sa journée.
Je m'approche du piano dans le coin de la pièce. Cela pourrait marcher, le piano, pour le faire émerger de son sommeil où il s'est enfoui depuis bien trop longtemps. un nouveau coup d'oeil vers lui me confirme que décidemment rien n'y ferait aujourd'hui...
Il est là, allongé de tout son long. Qu'il est beau dans son costume! Il m'a toujours fait craquer habillé comme cela, impeccablement rasé. Certes il a le teint pâle et les traits tirés de sa folle soirée dernière. J'aimerais prendre sa main une fois.... Je ne l'ai jamais fait... On a jamais été très démonstratifs tous les deux. Pas de folles embrassades en public... cela ne se fait pas, sûrement...
La pièce est bien trop sombre pour me permettre de m'impreigner de ses traits. A quoi bon allumer la lumière, nous sommes en juin. il suffirait de tirer ces grands drapés qui empêchent le soleil de nous réchauffer... Mais les gens à l'extérieur verraient... S'éxhiber comme cela , ça ne se fait pas non plus, sûrement...
Je sens la rage qui me monte au plus profond. Celle là même qui me vient chaque fois que je suis dans cette maison.
D'un geste brutal, j'ouvre tout grand comme pour montrer au monde la réalité de cette belle vie qu'ils imaginent, qu'ils envient, heureuse et fortunée... Tout ce qu'ils en verront, c'est son côté sombre, crasseux... ses écorchures.
Avachie de tout mon long sur l'appuie-fenêtre en marbre, fenêtre grande ouverte, je suis allongée prêt de lui, dégustant ce café qui semble avoir été préparé à mon goût. Quelques voisins passent, me saluent d'un sourire gêné...interloqués, choqués, peinés même. De mon comportement... sûrement.
...
A suivre
Dul, Août 2009
Roman protégé INPI et SNAC ,en cours de démarchage de publication.