" Je te la confie..." La complainte des petits canards...
Petit extrait choisi, clef de voute de La Complainte des petits canards posés sur l'étagère.
Chose promise à une amie, chose due ^^
Chapitre 3. " Je te la confie..."
Dix minutes que ma vie a basculé… Quelques mots prononcés par un inconnu, une lettre entre deux mondes… Je suis sous le choc, dans l’incompréhension. Le trouillomètre à zéro.
Pourquoi ? Pourquoi a-t-il fait cela ? Pourquoi moi, je suis un vilain petit canard moi… Pas une poule couveuse.
Je m’étais faite une raison, jamais je n’aurai d’enfants. Je n’en voulais pas, je n’en souffrais pas. Exit pour moi l’horloge biologique qui veut qu’avant 30 ans, si l’on n’a pas procréé on n’est pas une femme. J’étais au dessus de tout ça. Une véritable petite working girl, indépendante, sans attache, sans contrainte si ce n’est son gros chien.
Je n’ai pas toujours pensé cela bien sûr. Je me suis vue pendant longtemps entourée de ma marmaille… Dieu que j’en voulais des rejetons ! Et puis la vie m’a fait changer d’avis radicalement. Surtout lui. En huit années, mon instinct maternelle a été oxydé, jusqu’à s’anéantir définitivement.
Dieu a bien essayé de faire du forcing… Par deux fois. Mais mère Nature ne l’avait pas entendu de cette oreille. Aussi soudainement elle m’avait repris le premier, sous le regard insensible de son « père ». De ce jour, j’ai su qu’il en était fini de mon couple. Pas une larme, pas un mot… Ni pour cet enfant, ni pour moi… Si c’est ça la vie qui attendait mon petit gars, merci à la Nature de l’avoir épargné. Et puis moi, la « mère » qui n’a même pas été foutue de s’arrêter de bosser alors que lui s’éclipsait, aussi silencieusement qu’il est venu…
Et son petit frère quelques mois plus tard qui était resté bien caché… Que j’ai tué. Le couple parental avait déjà explosé que l’on se mêle de m’annoncer que Merde, y’en avait deux… ha mais oui mais on ne pouvait pas savoir, vous ne pouviez pas savoir ! Mon cul oui ! Quelle mère digne de ce nom ne se rend pas compte qu’elle porte la vie, aussi planquée soit –elle. Quelle mère va envoyer une dose de radiations à un petit machin sans défense… ITG… un T à la place d’un V…
Et une fois de plus, un père non concerné, déjà dans son nouveau trip… Et moi, punie de ma connerie à avaler une petite gélule avant un petit coup d’aspirateur bienveillant… Seule, si seule ce soir là … comme ces dernières années. Seule… enfin pas vraiment. Mon frère de cœur était présent du bout des doigts sur un clavier de portable… « Sache que tu ne vis pas tout cela toute seule… Je suis avec toi, courage… ».
Une lettre… Une lettre sensée tout changer dans un esprit, sensée déculpabiliser… Non franchement, mère Nature est plus intelligente que moi, bien plus clairvoyante et où qu’ils soient, ils y sont bien mieux. « Ils auraient été malheureux vu le contexte… » Et pourquoi ? Malheureux d’un père absent qui s’en fout, oui je confirme… Mais malheureux d’avoir un père homosexuel ? Ca non… Pourquoi n’en auraient –ils pas été plus sensibles, plus tolérants…
Bref, huit ans de couple merdique, et deux tentatives avortées plus tard, je tenais déjà le discours de la pauvre divorcée de quarante ans : Pas de mec stable, pas de gosses. Un bon job et quelques aventure… C’était parfait. Et j’y croyais…
Et puis voilà que lui veut défier Dieu et Mère Nature… Au-delà de la mort. Il me fait quoi là… J’en veux pas de cet héritage, je ne suis pas prête, je veux bien rembourser ses dettes mais pas ça…
Est-ce que la loi m’autorise à refuser ? Je me hais d’avoir ne serait-ce qu’effleuré cette pensée. Non je suis vraiment indigne de tout cela… Son cadeau de l’au-delà, qu’il le reprenne…
Je ne suis pas faite pour aimer ni être aimée… Je suis qu’une pauvre fille dégoutée des autres, qui ne croit plus. Une fille avec laquelle on sort, même pendant huit ans, mais que l’on n’affiche pas officiellement, qu’on ne cajole pas, dont on ne prend pas la main en public… Qui reste et restera « une amie » pour les autres. Oui une fille que l’on n’ aime pas, qui sert tout au plus de couverture, de passe temps… mais qui ne devient ni sa femme, ni la mère de ses enfants.
Une fille qui en 28 ans ne sait pas ce que c’est que d’être aimée et prise dans les bras… alors comment peut-elle, du jour au lendemain se mettre à aimer et être aimée d’un petit bout qui ne demande rien. Non, ce n’est pas sérieux… Un mauvais rêve je vais me réveiller là maintenant…
La pluie vient de se mettre à tomber… sans que je ne m’en aperçoive. Perdue dans mes pensées, dégoulinante…
Je pensais déjà à comment j’allais refuser cet héritage non mérité que déjà une petite main s’est emparée de la mienne, fébrile mais scellée comme jamais…
« hein que ce soir je repars avec toi à ta maison »
Et là, les yeux embués d’amour, je n’ai rien trouvé d’autre à répondre que :
« Ben oui ma belle, ce soir comme tous les prochains… »
« Il pleut, il faut mettre ta capuche tu vas être malade… »
« Mais c’est toi qui va t’occuper de moi si ça continue »
« Ben oui. On y va j’ai faim… »
Alors guidée par cette petite menotte, morte de trouille, je n’ai eu d’autres choix que de la suivre… en le suppliant que ,du haut de mes 28 ans de casseroles, il m’aide là-haut à trouver la bonne recette pour toute cette popote improvisée.
Dul, Texte protégé INPI.